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- Il parle bien, ce petit, remarqua Keranim. Et sinon, que me vaut l'honneur de cette visite ? ajouta-t-il en s'inclinant théâtralement.
- Je suis en mission, répondit son ami sans donner plus de précisions.
- Toujours au service du Conseil, c'est ça ? Mais j'aurais dû le deviner, dit-il en montrant du doigt le bâton sculpté qu'Hagnor avait à la main.
Mélito fronça les sourcils. Ainsi ce bâton n'était pas qu'un simple appui pour faciliter la marche ; il avait une signification. Hagnor ne lui avait rien dit à ce sujet. En réalité, que lui avait-il dit ? L'adolescent scruta discrètement le visage de son employeur, son maître, occupé à discuter d'un certain Gemar qui avait quitté l'Ancien Royaume pour faire du commerce au sud. Combien d'aventures cet homme avait-il pu vivre, combien d'exploits avait-il accomplis ? Combien de secrets connaissait-il, et combien en cachait-il ?
- ... Et donc, racontait Keranim, après m'être installé ici, comme tu le sais, je me suis lancé dans l'import de cristaux protecteurs, grâce à mes relations parmi les propriétaires des carrières des Monts d'Arva. La demande est énorme. Je me suis vite enrichi. De quoi me créer ce petit nid douillet... et de quoi envoyer des fonds à la Nouvelle-Mykel. Comme tu le vois, même ici, je sers toujours mon pays.
- Tes talents auraient été plus utiles si tu n'étais pas parti, objecta Hagnor d'un ton neutre.
- J'avais des scrupules. Tu sais ce que disait Gemar avant de quitter le trio. Eh bien, je me demande si, dans le fond, il n'avait pas raison.
Un instant, le silence se fit dans la pièce. Malgré les braseros qui réchauffaient l'atmosphère, Mélito crut sentir l'air se refroidir. Les deux amis se regardaient l'un l'autre, sans plus sourire. Il devait y avoir là un sujet récurrent de tensions, même si l'adolescent n'avait aucune idée de ce à quoi ils faisaient allusion.
Hagnor finit par rompre le silence.
- Tu peux penser ce que tu veux, dit-il. Mais avec de tels raisonnements, à mon avis, on ne peut pas avancer.
Keranim haussa les épaules.
- Est-ce que tes scrupules t'empêcheraient de m'aider dans l'affaire qui m'occupe ? lança Hagnor.
- Bien sûr que non. Dis-moi ce que je peux faire pour toi.
- J'aurais besoin de consulter les registres d'entrée et de sortie de la ville, et j'imagine qu'avec ton influence, tu peux me les procurer.
- Evidemment, c'est comme si c'était fait, répondit-il. Je te les fais apporter d'ici deux ou trois heures.
Puis l'ami d'Hagnor proposa à ses trois hôtes de partager sa table : on les introduisit donc dans une salle à manger meublée avec le même raffinement que le reste de la maison. Au fond de la pièce se dressaient deux autels, l'un de Deleto, le Dieu Rouge, et l'autre de Patrim, le Créateur. Keranim s'inclina devant chaque statue et offrit de l'encens aux deux dieux, comme Xam et Mélito ; mais Hagnor consacra deux bâtons d'encens à Deleto uniquement.
La table du repas était ovale, à la mode du pays, et grande, mais pas démesurée. On n'y servait pas une abondance de plats pantagruéliques, mais les quelques mets du repas furent bons et copieux. Aux yeux de Mélito, c'était un repas de luxe : fines tranches de viande marinées dans des sauces épicées, coeurs de ce légume rare qu'on appelle addevis, et puis fruits au miel, le tout accompagné de boissons légères, à peine sucrées. Le modeste orphelin n'avait jamais rien mangé d'aussi exquis de toute sa vie, lui qui était plutôt habitué aux légumes à la vapeur, à la charcuterie et à la bouillie de céréales.
Pendant ce dîner, le seigneur Keranim parla beaucoup. Il était très attentif, désireux de satisfaire la curiosité de ses invités. Mélito pouvait lui poser toutes les questions qu'il souhaitait ; mais l'énigmatique ami d'Hagnor ne répondait pas à toutes. Le garçon aprit ainsi beaucoup de détails sur les Parales et les Hemgos. Il sut que les Parales avaient envahi ce territoire à la suite d'une guerre éclair qui avait anéanti le royaume Hemgo - celui-ci n'avait jamais été une puissance militaire de premier plan, à part au niveau maritime. Les seigneurs Parales, en particulier les seize chefs que l'on nommait les Cavaliers Blancs pendant la guerre, avaient écarté du pouvoir les vaincus. Les Cavaliers Blancs avaient constitué ensuite une Assemblée des Guides, dans laquelle ils avaient fait entrer des notables parales, et nommé quatre Guides Suprêmes : Iros, le Guide d'Orient, Lindos, le Guide du Sud, Contarkos, le Guide du Nord, et Margalos, le Guide d'Occident, qui tenait véritablement les rênes du pays. Les Hemgos, eux, s'étaient pour la plupart résignés à reconstruire lentement leur pays sous les bottes de leurs nouveaux maîtres. On leur réservait les tâches les plus ingrates, quand on leur donnait du travail. Les désoeuvrés, souvent, s'enfermaient chez eux le jour durant, incapables de supporter le spectacle de leurs cités peuplées de Parales arrogants en tenue d'apparat.
Les jeunes acceptaient mieux l'occupation que leurs parents. Ils abandonnaient les traditionnelles robes pastel pour s'habiller à la façon des conquérants, apprenaient le paralien et tentaient de s'intégrer dans les hautes sphères. Ils méprisaient l'art, qui avait fait si grands les Hemgos autrefois ; ils traitaient les vieux poèmes de fariboles et refusaient d'apprendre la musique, ou les techniques de peinture ou de sculpture. Peu à peu, la culture de ce peuple mourait.

# Posté le dimanche 17 août 2008 06:07

Modifié le mardi 18 août 2009 12:36

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Tous les Hemgos, cependant, ne s'étaient pas avoués vaincus. Des groupes de rebelles s'étaient formés dans les forêts et sur les collines sauvages, ainsi que dans les bas-fonds de la capitale des Parales, Kalgos. Les rebelles tendaient des embuscades aux soldats quand ils traversaient des territoires déserts, espionnaient et sabotaient leurs campements, ou organisaient des émeutes dans les villes. Ils manquaient cruellement d'argent et d'épées : certains n'avaient pour arme que des fourches ou des bâtons. C'était pourquoi certains d'entre eux attaquaient et rançonnaient même les simples voyageurs, comme des bandits de grand chemin. Ces attaques étaient même devenues la première cause d'insécurité le long des routes du Domaine des Parales.
- Et c'est à cause des rebelles, tous ces soldats en ville ? demanda Mélito.
- Oui, dit Keranim. Le Guide d'Orient a traversé Iouros hier. Ces gardes étaient là pour veiller à sa sécurité, et restent dans la région pour la pacifier. Ils espèrent découvrir en ville des complices des rebelles des collines.
Il eut un sourire étrange, qui semblait moqueur, mais le garçon ne put comprendre pourquoi.
En revanche, Keranim ne révéla presque rien sur Hagnor. Il évoqua juste leur jeunesse, où lui, l'aventurier (qui n'avait alors que dix-huit ans) et un certain Gemar avaient travaillé ensemble.
Une fois ce repas terminé, un serviteur parut dans la salle à manger. Il apportait un gros livre hérissé de feuilles volantes : le registre d'entrée et de sortie de la ville de Iouros. Hagnor l'ouvrit et le tendit à Mélito.
- Tu saurais reconnaître l'écriture de ton maître ? lui demanda-t-il.
- Oui, mais seulement dans l'alphabet du nord, car s'il écrit dans un autre alphabet, en hemgo par exemple...
- Tous les voyageurs sont tenus de remplir ces registres en paralien, le rassura Keranim, donc dans l'alphabet de l'Ancien Royaume. S'ils ne connaissent pas cette langue, ou s'ils ne savent pas écrire, le garde préposé aux portes de la ville écrit sous leur dictée.
Mélito tourna les pages. Chacune était couverte d'une vingtaine de noms griffonés à l'encre marron, suivis du motif du voyage et d'une signature, parfois d'une croix pour ceux qui ne savaient pas écrire. Le garçon fit glisser son doigt sur le papier, examinant chaque nom en se concentrant sur les lettres. Il tourna une nouvelle page, puis s'arrêta. Il reconnaissait ces déliés légers, au-dessous d'une écriture plus rigide.
- Ici, dit-il à Hagnor, avant de lire ce qu'avait marqué son maître :
"Iedhôl, empris, poroï Kalgosten ep'empokis prattoïen", ce qui signifait : "Iedhôl, commerçant, part à Kalgos faire du commerce."
Un faux nom. Mélito se sentit ébranlé, lui qui avait toujours cru que Nareliedh, son ancien maître, ne mentait jamais, ou alors avec beaucoup de répugnance. La Mage l'avait-elle à ce point perverti ?
- Lis la ligne du dessus, ordonna Hagnor.
- "Dahérène, yinais s'empris Iedhôl, poroï Kalgosten ep'empokis prattoïen met'amdéris sé", s'exécuta le garçon avant de traduire : "Dahérène, épouse du commerçant Iedhôl, part à Kalgos faire du commerce avec son mari."
- Cette femme, dit Hagnor, c'est Yaël-Qin.
- C'est sur la page du sixième jour du mois des Brumes, ajouta son ami. Les Parales utilisent toujours le calendrier de l'Ancien Royaume, ajouta-t-il quand l'aventurier lui jeta un regard interrogateur.
- Elle a donc huit jours d'avance, conclut Hagnor. Mais nous connaissons son nom d'emprunt, et nous savons où elle va, car elle n'aurait aucune raison de le cacher ici. Sans compter que Kalgos est la direction la plus logique. Nous pouvons la rattraper. Mais il nous faut partir demain dès l'aube.
Mélito acquiesça en silence. Il observa encore quelques minutes l'écriture de la Mage. C'était donc cette femme qui traçait des lettres si droites, si rigides et sévères, celle qui mettait en péril les peuples libres du nord. Voilà l'écriture de l'une des Envahisseurs, l'une de ce peuple étrange aux pouvoirs démoniaques. Les lettres étaient bien plus grandes que la moyenne, mais c'était une simple écriture d'être humain.

# Posté le lundi 25 août 2008 05:12

Modifié le mardi 18 août 2009 12:36

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Keranim déclara alors qu'il ne tiendrait pas ses invités éveillés plus longtemps, puisqu'ils devraient se lever tôt le lendemain. Il tapa fortement dans ses mains et des serviteurs en livrée verte vinrent prestement débarrasser la table.
- Dis-moi, demanda soudain l'ami d'Hagnor avec un ton goguenard, je vous loge dans trois ou dans deux chambres ?
L'aventurier était en train de prendre le registre des mains de Mélito, pour le rendre à une jolie servante aux grands yeux bleus.
- Oh, deux, fit-il distraitement.
Mélito s'aperçut que Xam, qui s'était tenue silencieuse à ses côtés pendant tout le repas, souriait, tête baissée.
- Si c'est possible, une avec deux lits, pour Xam et Mélito, et une autre pour moi.
- C'est possible. Tu veux un grand lit ?
- Tu sais que j'aime prendre mes aises, dit Hagnor en suivant des yeux la servante qui s'éloignait à petits pas gracieux.
Le sourire de Xam s'effaça lentement.
Ils ne discutèrent pas beaucoup plus, puis chacun alla se coucher. La servante aux yeux bleus guida Xam et Mélito vers leur chambre, puis partit accompagner Hagnor. Quand la jeune femme et le garçon se retrouvèrent seuls, l'épéiste ôta le ceinturon où pendaient ses deux fourreaux, ses bottes puis se jeta sur son lit, en silence. Elle rabattit les draps sur son corps sans même se déshabiller.
Elle ne se moqua pas du garçon, elle qui pourtant ne perdait pas une occasion de le faire. Elle ne rit pas. Elle ne dit rien. Elle restait immobile, blottie dans ses draps.
Mélito en fut agréablement surpris, souffla les bougies et se coucha sans demander son reste.
Mais il ne parvint pas aussitôt à s'endormir. Le repas avait été si bon qu'il en avait, peut-être, trop profité. Son estomac lui faisait mal, et une envie pressante lui gonflait le bas du ventre. N'y tenant plus, il se leva, enfila un pantalon et partit en quête d'un endroit propice à soulager sa vessie.
Il erra quelques temps dans les couloirs de la grande maison, puis finit par trouver des latrines - une simple pièce où était posé à terre un grand bac (que les serviteurs vidaient dans les caniveaux de Iouros tous les matins). Des torchons étaient entreposés dans un seau, à côté d'une bassine d'eau et d'une serviette permettant de se nettoyer les mains, sur une étagère basse. Une minuscule fenêtre, située en hauteur, laissait passer l'air.
Mélito, une fois satisfait l'appel de la nature, se lavait les mains quand il entendit des voix de l'autre côté du mur, à travers la fenêtre :
- Vous sûr que endroit sans danger ? chuchotait un homme dans un demgari approximatif.
- Sauf si vous ne faites pas confiance à mon maître, le seigneur Keranim, répondit un autre. Mais vous savez qu'il soutient votre cause.
Mélito tendit l'oreille, intrigué. De quelle cause parlaient-ils ?
- Un Demgari, soutenir peuples opprimés ! Ça bien première fois, ironisa le premier.
- Assez de mauvais esprit. Vous savez que si mon maître a accepté les offres des Parales, c'est pour leur donner le change. Votre chef, à Kalgos, a toute confiance en mon maître.
- Moi espérer vous pouvoir prouver.
- Tenez, dit l'autre. (Il y eut un léger bruit de papier déplié.) Voici une lettre de votre chef, en hemgo et dans votre code, qui vous enjoint de se fier à lui. De plus, le matériel vous a déjà été fourni.
- Mais sans dire comment l'utiliser.
- Le seigneur Keranim souhaite d'abord savoir ce que vous comptez en faire.
Le premier homme se racla la gorge.
- Si moi vous dire, à vous, vous me donner mode d'emploi ?
- Bien sûr. Il est sur cette feuille. (Deuxième froissement de papier.)
- D'accord, acquiesça l'autre. Nous attaquer Guide d'Orient dans les montagnes.
"Comment ?" s'exclama intérieurement Mélito. Il plaqua les deux mains sur sa bouche, de peur de faire du bruit, et écouta de toutes ses oreilles.
- Nous connaître son itinéraire. Nous le bloquer sur la route et utiliser matériel de votre maître pour attirer sur lui les goules. Tout le monde frappé : Guide et escorte.
- Il voyage avec sa femme et ses fils. Vous n'aurez pas d'hésitation ?
- Aucune, répondit le premier homme.
Sa voix était glaciale.
C'en était trop pour Mélito. Il s'esquiva, doucement d'abord pour que personne ne l'entende, puis prit son élan et courut franchement dans les couloirs. Les goules ! Sur des femmes et des enfants ! Il fallait empêcher ce crime à tout prix.
Il rentra en toute hâte dans la chambre, bondit au chevet de Xam, et la secoua avec empressement.
- Xam ! Il faut prévenir Hagnor !
Elle ne dormait pas, mais elle n'ouvrit les yeux et ne bougea que très lentement.
- Qu'est-ce qu'y a ?
- Des hommes vont lâcher les goules sur des innocents ! Le Guide d'Orient, tu sais... ils vont l'attaquer, avec une sorte de matériel qui attire les goules, et il y aura sa femme et son fils... Et Keranim est complice ! Il faut réveiller Hagnor ! Lui saura quoi faire.
Xam se redressa comme pour l'accompagner, mais au lieu de se lever, elle attrapa l'adolescent par les poignets, les serrant jusqu'à lui faire mal.
- Et qu'est-ce que tu veux qu'Hag' il y fasse ?
Mélito s'embrouilla, éberlué. Enfin, Hagnor était un héros, il savait repousser les goules, il protégeait les gens en danger de tout pays, c'était un homme qui se battait pour sauver les opprimés et les innocents...
- Tu le connais pas bien, le coupa sèchement Xam. Hagnor a une mission. Le reste, c'est accessoire, comme il dit.
- Tu dis n'importe quoi ! se révolta le garçon. Je vais aller le voir, et il va m'aider à sauver ces gens ! J'y vais tout de suite !
- Crois-moi, il a pas envie d'être dérangé en ce moment, lança-t-elle d'un ton terriblement amer, tout en resserrant sa prise.
- Lâche-moi, tu me fais mal ! cria Mélito en luttant pour dégager ses poignets.
Il réussit à libérer ses bras, courut vers la porte...
Mais à peine avait-il posé sa main sur la poignée qu'il reçut un choc étourdissant, et tomba à terre.
Xam l'avait assommé du plat d'une de ses deux épées.
- Non, tu le dérangeras pas, murmura-t-elle pour elle-même. Je protégerai son sommeil.
Elle ramassa le corps inerte du garçon, le porta à son lit et le borda, presque maternellement.
- Même si Hag ne le mérite pas, je protégerai son sommeil, répéta-t-elle, avant d'essuyer, d'un revers de la main, quelque chose qui brillait sur sa joue droite.
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# Posté le mardi 26 août 2008 11:10

Modifié le mardi 18 août 2009 12:36

Pause post-chapitre 7

Le chapitre 7 m'a tellement fatiguée (je l'ai réécrit quatre fois ce fou*u chapitre de m*rde) que je vais faire une petite pause... Je vous offre ce poème pour patienter...

La ligne bleue de la mer souveraine
Epouse du ciel pour l'éternité
Montre sa rectiligne pureté
Frontière d'azur, illusion vaine

L'horizon, nous le savons, n'est qu'un trait
Mais l'½il rêveur ne s'en détache pas
Comme si toute origine était là
Dans ce bleu dont le regard se repaît

Peut-être sur cette parfaite droite
Se trouvent toutes les solutions
Du pourquoi, du qui, d'autres questions
Que forme notre pensée maladroite

Mais à la poursuite de l'horizon
Rien ne sert de courir ; à peine on touche
La ligne que celle-ci s'effarouche
Et recule encor encor jusqu'au fond

Au bout de l'horizon la mer s'efface
Sur une contrée où rien n'est résolu
Le voyageur infiniment déçu
Cherchant le ciel de la terre se lasse

Pourtant de ce bleu le rêve subsiste
Les terres enchantées ne sont pas là
La ligne pure on ne l'atteindra pas
Tant pis tant que l'horizon, lui, existe.

# Posté le lundi 01 septembre 2008 04:54

Modifié le lundi 01 septembre 2008 08:05

8-1

8-1
Chapitre 8
Divergences d'opinion


Aux premiers rayons du soleil, Mélito se réveilla douloureusement, dans la chambre vide. Sa tête lui faisait mal, et sa première pensée fut de se tâter le crâne : une bosse s'était formée sous ses cheveux châtains. Xam n'y était pas allée de main-morte.
"Cette fille est complètement folle !" se dit-il. Il se souvenait distinctement du visage de Xam en colère dans la pénombre, et du coup qui l'avait assommé, mais il lui fallut quelques instants pour se remémorer les raisons de cet incident. Puis tout lui revint en un éclair : les voix dans la nuit, l'attentat qui se préparait, et les goules ! Il fallait prévenir Hagnor. Si l'aventurier était au courant, il empêcherait cet horrible crime, c'était certain ; car Hagnor était quelqu'un de bien, un homme de valeur, un héros.
Mélito courut alors enfiler ses vêtements, méprisant stoïquement la douleur qui lui martelait le crâne, et bondit hors de la chambre. Deux servantes lui indiquèrent que le "bel étranger" était à l'écurie. Mélito se fit expliquer le chemin, puis y descendit à toute vitesse - il n'y avait pas une seconde à perdre ! Il déboula dans cette écurie, et trouva Hagnor en train d'enfiler son long manteau, pendant que les palefreniers sellaient les chevaux. Xam, à sa droite, nouait sur sa taille le ceinturon portant ses deux épées.
- Maître ! s'écria l'adolescent, mais il s'arrêta net. A gauche de l'aventurier se tenait son vieil ami, Keranim, le petit rondouillet amateur d'art, le seigneur anobli par les Parales, et qui se préparait à trahir ses suzerains, à les livrer aux goules.
- Mélito, tu tombes bien, dit Hagnor, qui ne paraissait pas se rendre compte de la stupeur et de l'horreur qui avait envahi le garçon. J'allais demander à Xam de te réveiller.
- Bien dormi ? renchérit la jeune fille avec un méchant sourire.
L'adolescent ne bougeait pas. Il ne pouvait pas répondre. Il ne pouvait pas dire la vérité. Keranim était à côté du maître. Il se débrouillerait pour le faire taire, si Mélito ouvrait la bouche. Le garçon restait silencieux, haletant, serrant les poings.
- Qu'est-ce qu'il a, ton employé, Hagnor ? plaisanta leur hôte (et il osait plaisanter !). Il me regarde comme si j'étais le mal incarné.
- Il n'a sans doute pas assez dormi, répondit l'aventurier du même ton badin. Moi, à son âge, il fallait me verser un seau d'eau dessus pour me tirer du lit.
Hagnor ne se rendait pas compte, il ne savait rien, sinon lui, le héros, n'échangerait pas des boutades avec ce traître... Et impossible de lui révéler la vérité, du moins pour le moment. Il fallait attendre qu'ils soient partis, qu'ils aient quitté la maison de Keranim. A ce moment-là il serait temps de l'avertir. On pouvait encore sauver ces innocents, les soustraire aux goules.

# Posté le lundi 08 septembre 2008 05:55

Modifié le mercredi 19 août 2009 04:54