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Chapitre 1 (suite)

Le garçon ne fit qu'ôter le verrou et entrouvrir la porte : à peine eut-il ouvert que le visiteur entra à toute vitesse ; il bouscula Mélito, qui faillit tomber à la renverse, déboula au milieu de l'atelier et appela d'une voix forte :
- Maître Nareliedh !
Mélito se redressa. Le visiteur était une femme, une dame d'âge mûr, peu gracieuse, vêtue d'une robe de soie rouge assez ample, l'air déterminé. Campée au milieu de l'atelier, elle continuait à crier :
- Maître Nareliedh !
- Moins fort, vous allez le réveiller, tenta d'intervenir Mélito.
- Mais je veux le réveiller, jeune homme, rétorqua la femme d'un ton sec, il me doit une partie de jeu du territoire.
- Une quoi ? s'exclama Mélito, et il était sur le point de demander à l'intruse plus de précisions quand la porte de la chambre de son maître s'ouvrit à toute volée.
Nareliedh apparut, vit aussitôt la femme et articula un "Vous ?!" plein de stupéfaction. Si un artiste, tels les anciens sculpteurs du sud du continent, avait voulu représenter la stupeur, il n'aurait rien trouvé de mieux que cet homme de quarante ans au petit nez, au dos un peu voûté, habillé sommairement d'une chemise enfilée à la va-vite, figé au seuil de sa porte, avec ses yeux gris écarquillés et ses cheveux poivre et sel ébouriffés, au-dessus d'un front marqué par l'âge que venaient encore plisser des rides d'étonnement.
- Oui, moi, maître Nareliedh, dit l'intruse. Je viens vous demander une partie de jeu du territoire.
L'orfèvre ne répondit pas. Il paraissait ravaler sa salive, et chercher des yeux une issue. Mais en vain. La femme en robe rouge lui bloquait l'accès à la seule sortie possible, la porte de l'atelier. Inutile de chercher à s'enfuir. Elle l'avait rattrapé, et elle ne le laisserait plus lui filer entre les doigts.
- Eh bien ? insista la femme à la robe rouge. Vous m'aviez promis, dans la salle de jeu de Sebalith. Vous m'aviez promis que si je venais vous demander une partie, vous me l'accorderiez. Et vous m'aviez aussi promis que si je la gagnais, vous me guideriez jusqu'au Jardin. Les hommes de la côte ont la réputation de n'avoir qu'une parole.
- C'est exact, concéda Nareliedh dans un soupir.
Il ferma les yeux, l'air résigné, puis releva la tête.
- Mélito, ordonna-t-il, va chercher le grand plateau de jeu et les pions dans l'armoire de ma chambre.
- Bien, maître.
Dès que le garçon se fut exécuté, la femme en robe rouge s'installa à même le sol, au beau milieu de l'atelier. Mélito ne savait pas quel était l'enjeu de cette partie, mais de toute évidence, elle ne comptait pas perdre. Maître Nareliedh vint s'asseoir en face d'elle, de l'autre côté du plateau de jeu. Mais il n'avait pas l'air si sûr de lui, et s'il semblait prêt à relever le défi, peut-être n'avait-il pas autant envie de gagner que son adversaire.

# Posté le samedi 12 janvier 2008 12:34

Modifié le dimanche 16 août 2009 08:05

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