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Chapitre 1
Une partie de jeu du territoire


Une aube grisâtre se levait sur la petite ville de Mid, au fin fond du pays qu'on appelait le Domaine des Défricheurs. C'était une matinée morne, exactement semblable à la précédente, et à celle qui avait précédé la précédente, et ainsi de suite. A la pâle lumière du soleil, les toits se coloraient un instant de rouge et de jaune, puis s'obscurcissaient dès que le corps fantômatique d'une Goule les survolait. Les Goules planaient toujours au-dessus des maisons, seules ou par petites bandes, menaçantes. Elles ne dormaient jamais.
Les rayons de l'aube atteignirent le bas de la ville et frappèrent la fenêtre de l'atelier de l'orfèvre Nareliedh. Celui-ci était déjà ou, plutôt, encore réveillé : il avait travaillé toute la nuit sur une série de cristaux protecteurs sertis dans de l'or blanc ciselé, une commande spéciale du Préfet de Mid pour sa famille. En voyant le jour paraître, Nareliedh leva la tête de son ouvrage, quitte à entendre les os de sa nuque émettre un craquement désagréable, s'essuya les yeux et se leva de son tabouret. Il était temps de réveiller son apprenti, Mélito, pour qu'il continue le travail pendant que lui-même irait dormir. L'orfèvre se massa encore une fois le front, se passa la main dans les cheveux et alla frapper à la porte de son apprenti.
Quand son maître le réveilla, Mélito se leva sans trop de difficulté, mais sans trop d'entrain non plus. Cette journée allait sûrement être une longue et morose journée de travail, comme la veille et comme l'avant-veille. Le garçon alla se laver rapidement le visage dans un coin de sa petite chambre : le miroir craquelé fixé au mur lui renvoya son image, l'image d'un adolescent de douze ans à peine, aux grands yeux clairs et aux cheveux châtains, ni vraiment beau, ni vraiment laid, le genre actif et débrouillard, pétri de principes et un peu naïf, mais qui ne fait pas la même erreur deux fois. Mélito finit sa toilette et entra dans l'atelier pour commencer son travail du jour, sans oublier de saluer d'un respectueux signe de tête le petit autel de la déesse Ishta, la protectrice de la ville de Mid.
Maître Nareliedh était déjà allé se coucher, pour rattraper sa nuit blanche passée sur la commande du Préfet ; Mélito s'assit à l'une des longues tables de l'atelier, ingurgitant un morceau de pain de seigle tartiné d'un peu de beurre en guise de petit déjeuner, et se pencha sur les bijoux. Les cristaux étaient déjà sertis, il restait à effectuer toutes les ciselures décoratives selon le modèle dessiné sur une feuille posée sur la table. Mélito finit d'avaler son bout de pain et se mit à l'ouvrage, tout comme la veille et tout comme, sûrement, le lendemain.
C'est alors que résonnèrent soudain trois coups très forts à la porte de l'atelier.
Ca, c'était inhabituel.
Mélito releva la tête. Qui pouvait bien frapper si tôt ? La boutique n'était pas ouverte. Un fournisseur ? Normalement, c'était plutôt le maître qui allait chez eux, pas le contraire. Qui cela pouvait-il être ?
Les coups recommencèrent, plus forts, plus énergiques, faisant vibrer le bois lourd de la porte et tinter le métal des verrous.
- Oui oui, j'arrive ! cria Mélito, et il quitta sa table de travail pour aller ouvrir à l'inconnu.
Peut-être que s'il avait su tout ce que ce geste impliquait, s'il avait su où le simple fait d'ouvrir cette porte le mènerait, il n'aurait jamais posé la main sur la poignée...

# Posté le samedi 12 janvier 2008 12:34

Modifié le dimanche 16 août 2009 08:04

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